« C'est en ces jardins clos, signes des biens à venir, que les non-chrétiens découvriront la totale mission de l'Eglise, non seulement tournée vers les hommes à panser et à sauver mais d'abord vers Dieu à adorer et à aimer. Là, où comme en Inde, primauté est donnée à l'éternel sur le temps, à l'Absolu sur le contingent, la déficience de la fonction contemplative altèrerait l'image de l'Eglise au point de la faire blasphémer... »

Ermites du Saccidananda, p.22

De 1950 à 1957
D’après les éléments contenus dans les biographies des deux fondateurs, il n’est pas difficile de comprendre que leur entreprise n’aura pas connu le succès. Bien que plusieurs ermites itinérants hindous bénéficient pour quelques temps de l’hospitalité du Shantivanam, pour le bonheur des deux compagnons swamis qui confient avoir « tant à recevoir d’eux », aucun disciple ne vient les rejoindre durablement. Il est vrai que du côté de l’Europe où des vocations se dessinent, l’impossibilité d’obtenir des visas indien en interdit la réalisation. Cependant le P.Francis Mahieu de la Trappe N.D. de Scourmont en Belgique finit par recevoir en 1955 les autorisations nécessaires. C’est un grande éspérance ! Mais il ne pourra s'adapter à la communauté que forment les deux Pères, si dissemblables. Il s'empressera de répondre au vœu de l'évêque de rite syro-malabar de Tiruvalla au Kérala désireux d'établir la vie conventuelle en son diocèse1.
Des « sauvetages » sont envisagés : l'affiliation à une fondation de l'abbaye Saint André de Bruges de Belgique, à Siluvaigiri, l'ancêtre d'Asirvanam ; la dépendance de l'Abbaye de Clervaux, la transformation de l'ermitage en lieu de formation pour les prêtres diocésains...

De 1957 à 1968
Le décès brutal de Monchanin en octobre 1957 met fin à toutes ces éventualités. Dans l'émotion de ce grand départ, Le Saux déclare : « Aussi longtemps que je serai en vie et aux Indes, partout où je serai, sera le Shantivanam »2. En fait, il commence une vie itinérante qui lui fera parcourir chaque année des milliers de kilomètres du Nord au Sud de l'Inde. Néanmoins, il fait périodiquement revivre le Shantivanam en y organisant diverses sessions de théologiens. Mais il songe à s'établir dans la région des grands pèlerinages aux sources du Gange, à Rishikesh; aussi sera-t-il très soulagé lorsque, le P.Bede Griffiths, bénédictin anglais de Prinknash ,affilié depuis peu au monastère syriaque du P.Mahieu, accepte de s’établir au Shantivanam.

De1968 à 1993
Sous l’impulsion du P.Bede Griffiths, au charisme de guru, l’ashram attira un grand nombre de pèlerins de toutes confessions. Le Père délivrait chaque jour un enseignement très suivi : repris dans plusieurs ouvrages qui connaîtront une grande diffusion dans les pays anglophones. De jeunes frères indiens le rejoignent. L’un d’eux, sur lequel le P.Bede mettait beaucoup d’espoir, le Frère Amaldass, décède prématurément. Trois femmes, attirées par cette vie de pauvreté et de contemplation, viennent s’établir au Shantivanam. Une bénédictine belge, Sœur Melchtide qui a rendu de nombreux services pour l’accueil des hôtes, une sœur indienne, Mary Louisa Cutinha (arrivée en 1975) qui fonda Ananda ashram, destiné à des retraitants de longue durée (onze petites huttes sont aménagées pour ces expériences d’érémitisme) et Soeur Sarananda, de l’Abbaye bénédictine de Pradines qui nourrit depuis son noviciat le désir de suivre les pas de l’abbé Monchanin et n’a pu rejoindre Shantivanam qu’en 1978. A la fin de sa vie, Bede Griffiths demanda le rattachement de la petite communauté à l'Ordre des Camaldules, rameau de l’ordre de St Benoît, plus anachorétique que cénobitique.

Depuis 1993
Ananda ashram mène un projet d’aide aux villageois et assure un développement agricole sous la forme de plantations de cocotiers alors que Shantivanam distribue quotidiennement les repas à un petit asile de vieillards des environs.
Les frères indiens (dont deux prêtres) assurent la continuité de l’œuvre, poursuivant l’accueil de pèlerins et retraitants sans pouvoir assurer un enseignement régulier. Depuis quelques mois, le Frère Martin Sahajananda fait fonction de prieur mais ses prédications en divers pays occidentaux le tiennent souvent éloigné du Shantivanam.
Une maison de formation de séminaristes kéralais vient d’ouvrir sur les terres d’Ananda ashram. Elle est destinée à sensibiliser ceux qui le désirent au travail d’inculturation3 qu’avaient souhaité les fondateurs, toujours vénérés par leurs trois « samadhi » (tombeaux) érigés à côté de la chapelle de Shantivanam.


1. Voir Marthe MAHIEU-PRAETERE, Kurisumala, un pionnier du monachisme chrétien en Inde, Cahiers Scourmontois, 3.

2. id. (10 septembre 1957) , p. 191.

3. C’est à dire au travail de la rencontre du message évangélique avec les différentes cultures.

L'ashram de Shantivanam